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Le témoignage de M. Sion ASSIDON . Militant associatif

“Je suis brutalement sorti de l’enfance”

“J’ai été réveillé vers minuit par le grondement et le lit secoué. Je me lève, le sol est jonché de plâtras. J’entends des cris, il fait noir. Je suis pieds nus, ma mère vient me tirer par la main. Nous traversons l’appartement et descendons les quatre étages de l’immeuble. Quelle cavalcade ! ça crie, ça s’interpelle… Je me retrouve enfin dans la rue, pratiquement nu. Mhen’d, le pompiste de la station voisine, me prête une jellaba ample, si rêche qu’elle m’arrache la peau. Le cousin qui habite en face est complètement affolé : il compte et recompte ses deux enfants, comme pour être sûr qu’ils sont bien là. Mes deux soeurs et mon frère manquent à l’appel. C’est la panique. Ma mère est sûre, pour avoir fait le tour de l’appartement, qu’ils ne sont pas restés en haut. Ils se sont sauvés les premiers, de cela, nous sommes sûrs. Mais où ? Ils réapparaîtront plusieurs heures plus tard. A l’arrière-cour d’un immeuble voisin, un incendie s’est déclenché dans un magasin. Il y a des bouteilles de gaz. L’angoisse. Réfugiés dans les voitures, nous attendons le matin. Une mauvaise nouvelle nous parvient : un oncle et une vieille tante sont sous les décombres. Ils réussissent finalement à se faufiler vers l’extérieur. Ils doivent leur salut au montant de leur lit qui a retenu la dalle du plafond. Lui a vu ses cheveux blanchir en une nuit. Ses deux enfants, dans un berceau à quelques mètres, n’ont pas survécu. Tapi au fond d’une voiture, je me souviens avoir souhaité dans la nuit que le soleil ne se lève pas sur le chaos. Mais le soleil s’est levé : je suis brutalement sorti de l’enfance dans une petite ville rayée à jamais de la carte”.

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